GAEC Bellis Perrenis – Point en 2016

 

Cela faisait 4 ans qu’il n’y avait pas eu de point approfondi sur la situation du GAEC Bellis Perennis qui fournit lait, fromages, pains et farines à AMAP’Porte.
Il était donc temps, car les choses ont bien évolué.

En 2013, Florian quittait le trio du GAEC pour suivre son propre chemin. En 2014, Paul rejoint l’équipe de Vincent et Julien. En ce début d’année 2016, ils décident d’un commun accord de laisser Paul suivre aussi sa route. Parallèlement, Jo, qui a développé l’activité brebis sur la ferme est salariée en CDI à mi-temps.

Jusqu’en 2012, souvenez-vous, les premières années du GAEC avaient été compliquées. Une succession d’années sèches n’avaient pas permis à nos paysans d’envisager sereinement le futur. En 2012, Vincent nous confiait : « Encore une année comme celle-là, et on met la clef sous la porte ! ». Les prairies ne produisaient pas assez pour suffire aux pauvres ruminants, les acolytes devaient acheter paille et foin pour faire la soudure avant les fenaisons. Nos paysans ne dégageaient pas de salaire non plus… pas très « Maintien d’une Agriculture Paysanne », tout ça ! (c’est quand même le but premier des AMAPs).WP_20160212_12_03_13_Pro

Mais, depuis 2013, le sourire est réapparu sur les visages de nos producteurs. La pluviométrie est retournée à un régime plus normal : les granges se sont remplies de foin, les récoltes de céréales ont augmenté… alors, par voie de conséquence, la production de lait est devenue plus abondante et régulière et la cave à fromage s’est remplie. Plus de pénurie de fromage, comme par le passé !

D’un point de vue économique, 2015 a été une très bonne année et 2016 semble suivre la même tendance.  Cela va bientôt faire 2 ans que Vincent et Julien dégagent un revenu satisfaisant de leur travail. Vincent nous fait part d’une « ambiance générale » favorable à la consommation bio, surtout depuis l’automne 2015. Effet COP 21 ? Changement progressif des mentalités ? Difficile de dire… toujours est-il que depuis septembre, les ventes sur les marchés ont augmenté, que les gens semblent plus ouverts, plus réceptifs.

Confirmant les impressions de nos paysans, sur l’ensemble du territoire français, les ventes de produits biologiques ont connu une hausse de 14,7% en 2015. Les surfaces en bio ont bondi de 23,1% en France en 2015, atteignant 1 375328 hectares

Sur la ferme, de nombreux changements ont eu lieu. Les techniques d’élevages ont évolué, le matériel aussi. Par exemple, avec les jours meilleurs, nos paysans ont investi dans une nouvelle faucheuse, une andaineuse.

WP_20160212_11_50_57_ProCôté vaches

Mais le gros investissement de ces derniers temps a été la salle de traite mobile, qu’ils ont fait venir de Lozère. Attelée sur et fonctionnant grâce au tracteur, ils peuvent faire les traites dans les prés où se trouvent les 24 vaches (Brunes des Alpes et Rouge des Près) qui produisent du lait. Le travail  quotidien est donc simplifié, plus besoin d’assurer les allers-retours parfois fastidieux du troupeau vers la salle de traite.

Autre innovation, depuis janvier, le GAEC est passé à la mono-traite. En effet, traditionnellement, on trait les vaches le matin et le soir. Ce rythme est contraignant. Ce type de traite exige la présence de deux personnes pendant 1h30. Le passage à la mono-traite (une traite le matin) occupe une personne pendant 2h chaque soir. Quand on cumule le gain de temps de travail sur un mois, une année, la différence est tout sauf négligeable. Dégager du temps est aussi un des objectifs de l’agriculture paysanne. Mais passer à une seule traite par jour a un impact sur la production de lait. La production baisse de 15 à 20%… ce n’est pas rien. Pour autant, la qualité du lait est meilleure : les taux de protéine et taux de matière grasse sont plus élevés. Et ce sont ces deux taux qui importent pour la fabrication du fromage. Parallèlement, la cave à fromage ayant régulièrement tendance à être trop pleine… une légère baisse de production n’est en rien problématique.

 

Côté brebis

La transformation du lait de brebis en fromage a commencé en 2015. Les habitués du marché ont pu découvrir les fromages frais et les yaourts de brebis. Avec la nouvelle formule proposée aux adhérents de l’AMAP pour les fromages, il deviendra possible d’en prendre régulièrement aussi. La mono-traite est aussi pratiquée pour les brebis.  Elle se fait le matin. Pour s’assurer d’avoir assez de lait, les agneaux sont séparés de leurs mères la veille au soir dans des cases aménagées.

La bergerie est en cours d’agrandissement car les conditions d’hébergement n’étaient pas idéales. Cette année, 95% des brebis ont eu des doublons. Chose rare ! Mais qui a engendré une légère surpopulation…

Les 60 brebis Thônes et Marthod croisées avec une race corse mettent bas en novembre. Pendant 2 mois, leur lait va exclusivement à leurs petits. Puis, les agneaux sont progressivement sevrés, puis vendus. La production de lait se concentre donc au printemps car les brebis sont taries en juin, puis saillies en juillet. Les brebis produisent environ 10l/jr en moyenne. Entre Juillet et novembre, l’élevage des brebis prend donc beaucoup moins de temps.

Côté cochon

Le GAEC, cette année, a décidé d’arrêter d’être naisseur en cochon. Une décision qui coïncide avec le départ de Paul. Nicolas, qui s’est récemment installé en bio à Valanjou avait besoin de 2 mères et d’un verrat, il les a récupérés à la Grande Noë. Le marché consiste donc maintenant à ce que Bellis Perennis achète 10-15 petits à Nicolas chaque année et les engraisse (principalement avec le petit lait issu de la fabrication des fromages). Nous devrions donc bientôt retrouver des colis de viande porcine à l’AMAP.

Côté pain-farine

Même tendance en ce qui concerne les céréales : nos producteurs sont satisfaits de la production. Ils ont accusé une petite baisse de production (récoltes bonnes ou moyennes selon les céréales) car les rotations sont un peu compliquées, mais le départ des cochons devrait simplifier la donne.

Avec un peu plus de 5 ha de blé, 1,5 ha de grand épeautre, 1,5 ha de petit épeautre, 1 ha de mélange féverole-petit épeautre, 5 ha d’orge d’hiver, hommes et animaux ont ce qu’il faut. Ce dernier mélange, qui complète le régime alimentaire des vaches, est un nouveau mélange. En effet, il vient se substituer à un autre mélange qui avait entre autres du triticale. Nos paysans avaient pour habitude de ressemer une partie de leur récolte. Mais après quelques années, le triticale a commencé à disparaître des cultures. En cherchant à comprendre ce qu’il s’était passé, ils ont appris que le triticale n’était pas génétiquement stable : il était dégénérescent. Exit, donc ! Le nouveau mélange est stable et ne devrait pas réserver de mauvaises surprises.

En terme de production de pain, Julien fait deux fournées deux fois par semaine : 70 à 75kg de pains le mardi et 85 kg de pains le vendredi. Parfois, lors des vendanges, Julien enfile deux fournées de suite, mais ce rythme est possible seulement sur de courtes périodes.

Ventes

Les ventes du GAEC se répartissent entre les marchés, les AMAP et la vente directe à la ferme. Les paysans sont présents le samedi matin au marché de Chemillé, sur le mail St Pierre, le mercredi, ils tiennent leur étalage à Lafayette, à Angers. Le volume écoulé à l’AMAP de St Lambert du Lattay et celle de Chemillé est stable. La vente à la ferme concerne essentiellement des personnes vivant très localement.

Projets 

En projet : l’agrandissement de la fromagerie. Un nouveau local est en cours de construction pour désengorger le local vente jouxtant la cave d’affinage.  Les clients venant se fournir directement à la ferme pourront bientôt être accueillis dans un local un peu plus agréable et confortable.
Au vu de toutes ces évolutions, il est vraiment satisfaisant de voir qu’au fil des années une AMAP a toute sa place dans le maintien et le développement d’une agriculture paysanne sur notre territoire. Tout le mérite de cette belle histoire du GAEC Bellis Perennis n’incombe certes pas seulement aux AMAPs (C’est quand même les paysans qui travaillent, adaptent, font preuve d’imagination pour faire face aux aléas du métier…). Mais nous devons être conscients que chaque adhérent contribue, dans la modestie de sa contribution, à en écrire de très belles lignes.

Par le référent Produit laitiers : Christophe Bichon